Démarche artistique ou marche artistique ?   Artist Statement : Depth, not only of field.
 

        
J'éprouve toujours des difficultés à parler de ma démarche artistique. Je préfère simplement parler de marche. C'est plus naturel car, dans le mot "démarche", il y a l'idée de forcer quelque chose. Il y a aussi le discours, qui peut être très polluant. Quand je revois quelqu'un que je connais, j'essaie toujours de me replacer dans le contexte de notre première rencontre pour retrouver l'originel, c'est-à-dire ma toute première perception de la personne, avant qu'elle l'infléchisse par la parole.

         J'ai toujours beaucoup voyagé. Cela me donne l'occasion de me confronter plus souvent à "la toute première impression". Au fil du temps, j'emporte de moins en moins de bagages et me contente maintenant d'un appareil 24x36. Je m'aperçois que les photos que je prends ne sont pas des photos-souvenirs mais des photos de souvenirs. Parmi ces paysages ou gens à priori nouveaux, ne m'intéressent que ceux qu'il me semble avoir déjà vus (vie antérieure?). Bien sûr, ce n'est qu'une impression dont je ne me rends compte qu'au retour, lorsque je fais la sélection ou que je reste plongé dans l'obscurité du laboratoire pendant des journées entières.

          Je ne crois pas au regard neuf en Photographie. On a toujours une petite idée préalable de ce que l'on voit, une représentation datant de l'enfance. Et je crois que je cours le Monde depuis des années à la recherche de cette idée première. C'est ma marche artistique à moi, quête insensée de tout ce que j'ai pu emmagasiner dans ma tête durant les premières années de ma vie.

         Et plus je voyage, plus je m'intéresse à ce que l'on voit mal. C'est au crépuscule, parfois après une journée de marche stérile, que les choses me sautent aux yeux. Je prends rarement ce qui est droit devant moi, je repère en vision latérale, et appuie souvent sur le déclencheur sans même m'arrêter.

Daniel ANIZON

 

 


I have always done a lot of travelling, because travelling lends me the opportunity to experience as much as possible the great feeling of “the first time”. This is especially true for people : Our first impression is often the best, and should be remembered as the perception moves on and becomes “polluted” with words.

The more I travel, the more I am interested in what I can’t see well. Walking in the street, I usually look ahead but the pictures I shoot, be they non-focused or blurred, come from the sides. I call it side-seeing (not to be mistaken with sightseeing). It evokes response coming from deep into memory because what attracts you is that which refers to unconscious memories from the past. If I wait too long, my first impression will be polluted. Quick and deep, that’s Photography.

Always what attracts me has several layers because the image is shot through windows or drops of rain. This gives the feeling of several pictures in one. Photography translates a three-dimensional world onto two-dimensional piece of paper. Without even the thickness of paint. Depth, and not only depth of field, helps restore the  original three dimensions. It makes the picture richer.

In France all secondary highway railway crossings have signs on the roadside warning car drivers that “One train can hide another” (« Un train peut en cacher un autre », in French). In the end I think the same is true for a picture : a good picture is the one that hides or generates another one in the mind of every person looking at it.

Daniel ANIZON

 

 

 
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